Légende du Chat

Legende de Catus 1

d’après une étude inédite de Mr L’Abbé Lacoste, relevée dans une publication sur le prieuré de Catus dont l’auteur est Mr de Valon

Il existe non loin de Terrier un gouffre de forme circulaire de 25 m de diamètre sur 15 m de profondeur, dominé par une excavation non encore explorée ; c’est la grotte du chat. Jadis, les habitants de la contrée ne passaient sur ce point qu’en tremblant, tant était vivace le souvenir d’un évènement singulier et tragique dont ce lieut fut le théâtre.

La legende raconte qu’à une époque reculée, un énorme chat sauvage avait choisi cette grotte pour repaire. Il faisait de nombreuses victimes et terrorisait le pays. On ne parlait partout que du redoutable animal. La désolation était telle que le seigneur de l’endroit résolut de faire périr le monstre. Il promit à celui qui le tuerait sa fille en mariage et la moitié de sa seigneurie.

Voici qu’un jeune et beau cavalier, fort, courageux et décidé, se présente au seigneur qui l’embrasse, lui donne un sperbe cheval et l’arme de pied en cap. La belle héritière l’admire et craint pour ses jours. Le cavalier part, s’avance vers la grotte, faisant retentir les échos du galop de son coursier. Le chat l’entend, sort de sa retraite et bondit sur le jeune homme ; mais avant que le monstre ne l’étreigne, le cavalier lui enfonce l’épée dans le ventre jusqu’à la garde.

Notre héros, couvert du sang et chargé de son trophée revenait en toute hâte au castel, quand, fou d’orgueil et ivre de joie à la pensée de la récompense, il s’écrie « que Dieu le veuille ou non, la fille du seigneur est à moi ». A peine eut-il proféré ce blasphème que le cheval s’abat, et lui-même tombe raide mort. La chute fut si violente que les genoux du cheval, le casque du cavalier et la tête du félin laissèrent leur empreinte sur le rocher.

(Les habitant de Terrier montrent encore aux curieux ces empreintes que le temps et la circulation n’ont pu effacer. Le hameau le plus voisin, singulière coïncidence, s’appelle « Le Cavalier » et l’endroit ou se trouvent les traces porte le nom de « Le Piado » qui signifie dans le patois local, empreinte du pied).

Ce serait de ce fait étrange, perpétué par la légende, que le nom de Catus (synonyme de chat en latin) aurai été donné au bourg voisin, qui prit naissance dans la vallée du Vert.

Legende de Catus 2

Racontée par Mr Louis Cambornac ancien pharmacien et ancien maire dans un article de revue intitulée « Catus et la Vallée du Vert »)

Catus est le nom latin du chat, qu’il prit, dit-on, à la suite de l’aventure suivante.

On raconte qu’un seigneur, dont le château était situé au village de Terrier eut l’idée de confier à un chat la singulière mission de soulager la châtelaine, son épouse, d’un excès de lait qu’elle avait. L’animal se trouva si bien de cette alimentation féminine, qu’il ne voulut plus quitter l’agréable foncion. Néanmoins, après de nombreuses tentatives, on quadrupède félin se réfugia dans une grotte voisine du village. L’exil rendit l’animal si féroce, qu’il se précipitait sur les passants pour les griffer et les mordre, parfois même il leur faisait des blessures mortelles. Il y eut dans le pays une épouvantable panique.

Le seigneur, comprenant la responsabilité qu’il avait encourue, promit une riche récompense à celui qui délivrerait la contrée de la bête sanguinaire. L’appât de l’argent ne fi surgir aucun libérateur ; mais l’amour fut plus heureux.

Le châtelain avait une belle demoiselle. Il la promit à celui qui délivrerait le pays de l’animal qui y répandait la terreur.

Plusieurs preux se présentèrent pour discuter la main de la jeune châtelaine. L’un deux fut assez heureux pour abattre l’animal. Mais si le cavalier sorit sain et sauf de ce combat, les morsures que le terrible chat fit au cheval furent telles qu’il jeté à terre et on montre encore aujourd’hui les empreintes que firent ses genoux dans la chute.

Legende de Catus 3

Racontée par Emmanuel Aegerter et dont l’action semble se passer au gouffre de LABERRIE

Et pensive elle filait la laine.

L’air rose entrait par les vitraux, en la fraîcheur du matin ; des oiseaux murmuraient ; la vallée s’étendait au dessous, chantante, dans l’extase du printemps.

Mais pas un passant sur les sentiers, pas un pâtre sur les collines, pas une lourde charrette traînée par deux grands boeufs… Et la quenouille tournait vite, vite…

Dans le pays, on l’appelait la Fée du rouet ; et de fait, elle passai ses longues journées, seule avec dame Claude, sa camériste, vieille et boiteuse, dans le château de son père, à filer, filer la neige de la laine ; et par cette matinée de printemps, blonde comme elle, elle filait, la Fée charmante, la Fée aux yeux bleus…

« Oui, vois-tu, je suis triste pour ces pauvres paysans, dit-elle tout à coup, en laissant flâner le long fil blanc… Ma vieille Claude, vraiment cela me fait souffrir. Tant de veuves ! »

Et son enfantine imagination évoqua la formidable caverne, rouge de soleil et de sang, ou le dragon veillait immobile et félin, en l’attente du carnage ; tandis qu’à côté d’elle Dame Claude branlait sa tête soucieuse.

« Crois-u que personne ne viendra, reprit la jeune fille, pour délivrer le chemin ? »

« Ah ! Mignonne, soupira la camériste, tant sontarrivés déjà, qu’a décorés le monstre ! »

« Eh bien, je ne désespère pas. Il me semble, dit-elle, qu’un viendra adorablement blond dans le soleil levant, la lance haute, l’air ferme contre la cuirasse, le casque empanaché, au pas de son cheval. »

Elle sourit… Et de nouveau le rouet tourna, tourna…

Le village était morne, accablé par l’invisible présence du Dragon, les portes étaient closes, et nul ne passait le seuil des maisons. Bourgeois et manants épiuvantés vivaient dans une sombre prison, et si l’un d’eux sortait, las enfin de cet esclavage, bientôt, au clocher de la Combe du Loup, sonnait tristement le glas.

Bien des cavaliers étaient venus déjà, comme l’avait dit dame Claude, dans l’espérance de la victoire et de la blonde fille qui filait là-haut, dans la tour silencieuse, et tous avaient été broyés, pétris, entraînés dans la caverne.

Cet antre, un gouffre en spirale, s’ouvrait largement au haut de la côte de Villary, béant comme une gueule embroussaillée… Formadible, là-dedans se tordait le monstre, énorme, au mufle hideux, aux yeux luisants, vautré dans le sang, au milieu de débris de cuirasses et de lances, et de quartiers de chevaux tués, et tout cela était hideux et sinistre, dans ce coin solitaire entre les collines.

En face, dans la haute tour, espoir vivace des aventuriers, défi de la beauté à la force, filait la Fée au rouet, la Blondé Fée aux yeux bleus.

Et tout à coup, les cloches sonnèrent, loin, sur les hauteurs, celles des 4 villages ; puis le son se rapprocha, plus vibrant, et le clocher de Catus s’ébranla, lui aussi, joyeux, fou, dans un tourbillon de trilles sonores. Quelque chose s’éveilla dans le village, quelque chose qui monta jusqu’au castel. Des pas résonnèrent dans les galeries ; les vitraux s’ouvrirent, des voix chantèrent dans les salles et une rumeur roula ; délivrance !

Elle se pencha à la fenêtre gothique et, sur la place, elle vit celui de son rêve. L’armure brillait ; déjà le comte, son père, était descendu au village et parlait au Chevalier. Les bourgeois se hasardaient maintenant, les loquets cédaient, les portes s’ouvraient. La forte race des paysans reprenait courage.

Ils s’appelaient ; dans le matin, ils ne répondaient de loin ; ils sortaient, coiffe de feutre haut, serrés dans le manteau court à larges manches et ils entourraient le Héros. Lui souriait : il étai adorablement beau dans la vaillance de ses vingt ans ; mâle et blond, le morion empanaché à la main, il parlait au seigneur.

Machinalement, il leva les yeux… et ils se virent, les 2 blonds enfants, et leurs regards se croisèrents. L’âme du printemps flottait dans l’air calme ; et sous le corset de fer et le corset de dentelle, leurs deux coeurs battirent d’un même mouvement.

Il devait attaquer le monstre au coucher du soleil ; dans le castel, maintenant ouvert à la brise, joyeux, plein de rires et de chansons, il put la voir, celle qu’il aimait avant de l’avoir vue, la blonde Fée ; il lui promit de vaincre pour elle, et elle lui promit de monter sur la colline quand déclinerait le soleil.

Sur la colline, un bois était, un bois de chêne ou chantaient les oiseaux. C’était un soir de légende, infinement rose et, par le sentier plein de mousses chaudes, montait la Fée, toute de Blanc, suivie de son page et de la vieille camériste.

De là, elle ne verrait pas de la lutte ; mais elle entendrait le signal au clocher, donné par l’alléluia des jours de fêtes ou par le glas des morts et la blonde enfant restait droite sous la chêne, dans la pourpre du soleil couchant.

Soudain, d’en face, un long rugissement monta qui s’étendit, et devint formidable ; elle tremblait, pâle d’epouvante, le coeur serré dans sa poitrine… puis se fit une seconde clameur, et, derrière le coteau le bruit sourd de lutte. Le Héros avait attaqué le monstre, et c’était un fracas d’épopée en face du bois calme ; des hénnisements, des miaulements sinistres. Elle, droite, avec derrière le bois tout en or, écoulait, les mains jointes, châtelaine des contes, ses yeux bleus vers un ciel de vitrail qui resplendissait… et elle tressaillit. Joyeux, sonna le premier verset de l’alleluia.

Sauvé ! Et le cri d’agonie du Dragon vibra, formidable, et toutes les collines et rententirent, et les bois et tremblérent dans le soir.

Mais, avec lui, victime d’orgueil, disen les légendes, mourut le Héros blond. Et lentement, très lentement, tinta le glas d’agonie. Le soleil toucha l’horizon ; tout le ciel flamboya, tous les oiseaux chantèrent. Et d’amour folle d’extrase, son âme de Fée partit avec le globe d’or rouge, au son des cloches. Elle mourut la Fée aux yeux bleus. Et à Catus, chaque année pour Elle, en ce bois, au flanc de la colline fleurissent les muguets ; et le soir, au soleil couchant, ils embaument, fleur d’amour que parfume l’âme de la blonde châtelaine, et l’extatique senteur des légendes d’antan.

O vous que j’ai rencontrée, un soir rose de printemps, au bois qu’embaument les muguets, O vous que j’ai aimée par les soleils couchants d’autrefois. O blonde Fée aux yeux bleus, il est mort notre amour passé ; mais son âme de légende flotte encore aux pieds moussus des chênes. Que ce conte aille vers vous, comme l’ultime parfum de l’Amour Ancien.